Samedi 19 juillet 2008 6 19 /07 /Juil /2008 19:26
- Publié dans : Un Vampire Amnésique (récit à caractère Yaoi) - Par Rickaël
« Pardonnez-moi… Vous êtes si… gentil… Je sais qu’en partant, je ferai du mal à ceux qui tiennent à moi et en particulier à deux êtres que j’aime profondément en ce château, mais je suis si lasse. Si fatiguée… »

Impuissant face à sa douleur, à ses larmes, je ne pouvais être que spectateur. Sa douleur je ne pouvais la comprendre mais ses mots j’en saisissais le sens. Fatigué, je l’étais aussi, épuisé de mener une joute interminable contre moi-même. Le peu de mes souvenirs que j’avais recouvré, le peu de moi que je savais, mais surtout, ces éternelles interrogations incessantes qui me martelaient l’esprit, et celles nouvellement naissantes à chaque secondes me torturaient. La lassitude, la fatigue de ne pouvoir avoir tout, de suite, de ne pas me connaître… L’épuisement des batailles dont je ne voyais guère la fin… Tout cela, et bien pire encore m’était devenu quotidien. Il s’agissait de mon lot… De mon poids sur mes épaules…

‡ Laisser à l’abandon ‡
‡ Espoir et déraison ‡
‡ Être las ‡
‡ Ne voir plus qu’impasse ‡
‡ Baisser les bras ‡
‡ S’abandonner cette fois ‡
‡ Illusion dérisoire ‡
‡ Brisée dans un ultime espoir ‡
‡ Si seulement ‡
‡ Nous pouvions rester enfant… ‡

« Je trouve le mot ‘Allergie’ des plus joli afin de définir notre condition…Je… »

Je souris légèrement lorsqu’elle évoqua la manière dont je parlais de cette incapacité à m’exposer au soleil. J’étais gêné. Pendant longtemps j’avais cru dur comme fer qu’il ne s’agissait que de cela, d’une allergie. Ignorant jusqu’à mon nom, je refusais en bloque ma condition.

« Pendant longtemps… J’ai cru que s’en était une… Que j’étais juste malade… »


Ainsi elle aussi était un être de nuit. Cela changeait-il quelque chose pour moi ? Non, bien sûr que non. Jamais je ne portais de jugement, et cela, malgré mes rencontres les plus affreuses en ces lieux. Vampire ou humaine – cela me faisait étrange de penser ainsi à deux peuples – elle avait besoin d’aide. Quel homme serai-je de lui refuser ? Serai-je semblable à cette ombre menaçante qui hantait mes rêves comme mes éveils ? Non, jamais je ne serai comme cette femme monstrueuse… Et pourtant, je me demandais quelles horreurs avais-je bien pu lui faire subir pour qu’elle me contraigne à choisir entre deux vies…

« Je suis désolée de vous infliger ça. Vous êtes si jeune, je ne voudrai pas assombrir votre horizon mais je croyais… J’espérais… »

« Même si je partais maintenant, je me souviendrai. Si je partais se serai renier celui que je suis, et je ne peux pas. Je ne sais que ça de moi. Quant à mon horizon, il est trouble depuis bien longtemps déjà, vous ne pourriez faire pire sinon mieux. »


Un léger sourire et ma main vint essuyer les reste de ses larmes. Elle m’inspirait tant de douleur, tant de peine… Comment un seul et même être pouvait-il en dégager autant ? Je ne pouvais l’accepter ou le concevoir. Non, elle ne ferait pas son dernier voyage, seule…


‡ Un voile sur mon regard ‡
‡ Il n’est jamais fruit du hasard ‡
‡ En proie à une mélancolie familière ‡
‡ Je n’ai de cesse de rechercher hier ‡
‡ Mon embarcation chavire ‡
‡ Je ne suis qu’un simple navire ‡
‡ Qui, de la proue à la soute ‡
‡ Ne connaît que le doute ‡
‡ Ce soir j’ai fait naufrage ‡
‡ Serais-je face à un mirage ? ‡
‡ Ce soir, je lui tends la main ‡
‡ Que fera cet ange au sombre destin ? ‡


« Je vous remercie pour tout mais je ne veux pas vous ennuyer avec ça. Oubliez cette rencontre et n’en parlez pas, demain le vent aura dispersé mes cendres et tout sera fini… »

« Je n’en parlerais pas puisque, comme je vous l’ai dit, je vous tiendrai la main pour votre dernier voyage. Je ne suis qu’un grain de sable, une poussière de rien, mais je crois qu’être seul pour faire face à ce funeste choix est trop triste pour s’écouler ainsi, dans la solitude. »

Je luis souri et lui prends la main. Je ne la laisserai pas partir seule, je le lui avais promis. Alors qu’importaient les conséquences qu’impliqueront mes actions, je n’avais qu’une parole. Ma parole et mon intégrité étaient bien les seules choses que je possédais.

« Pourquoi êtes vous si gentil ? » La question avait franchit ses lèvres comme une ligne lancée dans un étang.
« Pourquoi vous occuper de mon sort ? »


Sa question me surprit… Pourquoi étais-je si gentil ? Je ne voyais aucune explication. Pourquoi n’étais-je pas moi-même comme beaucoup de ceux que j’avais croisé ici ? Une erreur de la nature, ou peut-être, comme ce vampire avait aimé à le dire, une abomination… JE l’ignorais, j’étais ainsi. La violence était une chose dont j’avais horreur, la cruauté en était une autre que je ne supportais pas et, avec laquelle, je ne savais pas faire face. C’était tout simplement contre-nature pour moi. Y adhérer serait me renier, m’oublier et cracher sur les enseignements et l’affection de Yanes, tout comme sur l’amitié de Taryn. Pourquoi ne pas la laisser là et partir sans me retourner ? Pourquoi me soucier de son sort ? Une nouvelle fois, je n’avais pas réellement de réponse, je ne pus formuler qu’une phrase :

« Et pourquoi pas ? »

† Je veux pouvoir aimer le sage, le fou †
† Je veux savoir aider le faible à genoux †
† Je veux la force d’aimer l’agneau et le loup †
† Je veux enfin fin tout †
† Pour continuer jusqu’au bout… †


« Je croyais tous les vampires vivant ici assoiffés de sang, de cris et stupre. Je croyais la bonté bannie de ce domaine. J’ai peur… si peur de devenir comme eux… »

À l’évocation de sa crainte, je ne pu m’empêcher de la prendre contre moi pour la réconforter. Elle venait de formuler tout haut se que je pensais tout bas. Je connaissais moi aussi cette même crainte. Je la gardais sous silence, la seule fois où je l’avais évoqué, c’était face à Yanes, même s’il avait su me rassurer sur le reste, il n’en restait pas moins que ce point me terrifiait. Je ne devais cependant pas le montrer, je n’étais pas là pour l’accabler mais pour essayer de l’aider…

« Quelqu’un pour qui j’ai beaucoup d’estime et qui, selon moi, est sage, m’a dit un jour que chacun fait son choix. Certains choisissent de devenir cruels, et d’autre, de rester humains… Certains utilisent leur immortalité avec intelligence et d’autre avec décadence… Je crois qu’il a raison… Du moins, je me plais dans cette conviction… »


« Ce sage a trouvé en vous un bon disciple et cette personne exceptionnelle un ami fidèle tout aussi exceptionnel. Vous êtes bon. »

Je me sentis gêné lorsque la jeune femme me demanda de ne pas me dénigrer. Quant à ses compliments, ils me firent détourner le regard. J’aurais été encore humain que j’aurais été aussi rouge que l’on puisse l’être. Je remontais doucement – m’aidant de mon pouce sous son menton – son visage vers moi.

« J’ai eu la chance de rencontrer une personne exceptionnelle, elle m’a tendu la main lorsqu’il l’a fallu. Je tenais plus de l’animal que de l’homme, elle ne me connaissait pas. Pourtant, elle était là. J’ai également eu la chance d’avoir un ange gardien qui me suivait sans se montrer… Finalement, je leur dois d’être resté, et de rester encore celui que je suis. Peut-être est-ce cela qui vous manque. Des rencontres, ou encore le sentiment de se rendre utile. Je sais combien se sentir impuissant, seul et inutile est pesant et difficile… »

« Ne vous dénigrez pas. Votre âme est plus généreuse que celle de beaucoup d’anciens. Vous avez en vous ce qui manque à tant des nôtres et qui fait que l’existence vaut la peine d’être vécue. Cela a pour nom la compassion. N’oubliez pas que souvent un simple grain de sable suffit à bloquer le plus terrifiant des engrenages»
 

Venais-je de parler pour moi ou pour elle ? Peut-être était-ce un peu des deux. Je lui souriais. J’espérais qu’elle comprendrait ce que je voulais dire, non pas vraiment par ce que je venais de dire, mais par mes silences.

† Les mots sont les plus tranchantes des armes †
† Ils déversent leur poison dans les cœurs et les âmes †
† Les silences sont les pires des fléau †
† Ils amènent tant le bonheur que le chaos †

« Croyez-vous que l’on peut survivre en ce royaume sans être corrompu et a son tour devenir un monstre ? »

« Je crois, enfin j’espère, que l’on est, que l’on devient, et que reste celui ou celle que l’on désire être, tout simplement. »

Je lui souris une nouvelle fois avant de tenter de nouveau ma chance :

« Laissez-moi vous conduire en un lieu plus agréable où nous pourrons discuter tranquillement. Nous avons encore quelques heures avant le levé du jour. Si d’ici là, vous restez sur votre position, je ne vous empêcherais pas de mener votre projet à terme, mais d’une manière ou d’une autre, je serais là, je vous tiendrais la main… »

J’espérais parvenir à lui faire changer d’avis. Étais-je prétentieux pour penser que peut-être je serai capable de lui venir en aide ? Je l’ignorais et si effectivement il s’agissait de prétention, alors cela m’importait peu.

Et le navire échappa au naufrage,
De peu il détourna le mirage,
De la proue à la soute criant leur victoire,
Tous s’embrasèrent d’un nouvel espoir,
Et moi pauvre fou sur ma misaine,
Je croyais n’être qu’une poussière de rien,
Mais il était là sur mon chemin…

La présence du félin me fit sursauter.

« Rentres immédiatement ! Seele. Rentre. »

Lorsqu’elle cria après le chat, je levais un sourcil sans comprendre dans un premier temps de quoi il retournait. Je n’étais pas particulièrement ami avec les animaux. Non pas que je ne les aimais pas, mais ne voulant pas faire du mal aux gens… Si effectivement elle comprenait le langage des animaux, elle allait savoir que c’était de leur sang que je me nourrissais principalement. Je craignais que cela lui fasse peur ou du mal… J’espérais qu’elle comprendrait…

« Pardonnez moi. Pardonnez le. Je… J’ai un lien particulier avec les animaux, nous nous comprenons et nous parlons… Vous avez raison, nous ferions mieux de rentrer, vous pour vous trouver des vêtements décents et moi pour me nourrir un peu… »

Je fus cependant ravis qu’elle accepte mon offre. Je ne tenais pas particulièrement à rester à attendre que le soleil se lève pour finir tel un bûcher en sacrificiel. Je lui souris en acquiescant de la tête.


« ça ira, ou vous voulez que je vous porte ? Vous ne pesez rien… Vous voulez peut-être aller dans vos quartier ou dans le salon… Je ne connais pas encore bien… »

Je marquais un temps d’arrêt pour réfléchir avant d’ajouter :

« Le mieux pour que vous vous économisiez et comme ça vous vous me guiderez en chemin… »

Sur ses mots, je me relevais en la prenant une nouvelle fois dans mes bras. Cette fois, je me pressais un peu plus vers le palais. La jeune femme ne pesait rien.

« Ne vous inquiétez pas pour la chemise, mais je n’en avais pas d’autres, ça ne fait rien. Et… Au fait… Je m’appelle Rickaël… Rickaël Satori… Et vous ? »

Un léger sourire aux lèvres, je poursuivais ma route en la gardant dans mes bras.

Je ne suis plus une bouteille vide à la mer que le courant charrie,
D’un homme de glaise, je suis devenu un homme de chair et de sang,
Ballotté par la mer, ses vagues et ses courants,
Face aux vents, je me tiens aujourd’hui,
Demain encore je tomberai,
Mais cette fois je pense être prêt,
Se sera peut-être lentement, mais je me relèverai,
Et comme un homme, j’assumerais…




Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Retour à l'accueil

Calendrier

Mai 2012
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>
Créer un blog sexy sur Erog la plateforme des blogs sexe - Contact - C.G.U. - Signaler un abus