Un léger sourire amusé au coin de mes lèvres en voyant sa réaction face à la croix. J’aurai dû le faire mariner encore un peu et attendre le dernier moment pour la lui rendre. Trop impatient de
voir sa réaction sans doute.
« Tu n’as qu’à la fondre à ta ceinture. Je serai un petit con, j’aurais piqué ta croix, vidé ton portefeuille, le tout sans rien te rendre. Mais vérifie tout de même ton porte feuille, on ne sait
jamais. Quant à mon éducation, effectivement, je n’en ai aucune. »
Fis-je autant pour le chambrer que pour lui mettre le doute.
« Et laisse pas traîner tes merdes, pas de traces, tu jetteras ça en ville… »
Je souffle en récupérant ma chemise sous mon bras. Pas de trace, mais il est parano ou quoi ? Il a peur de quoi au juste ? Il veut cacher quoi exactement ? Entre les trace de pas, et autre dans la
boue, les bouts de lame, de poignard… C’est pas les empruntes qui manque !
« Si ça peut te faire plaisir… »
Un haussement d’épaules pour ponctuer ma phrase et me voilà sur mes jambes. Je tiens debout, mais je ne suis pas prêt pour un marathon. Pour sûr que s’il faut marcher trop longtemps, je termine sur
les rotules. Je ne montre toujours rien, je prends sur moi.
« Moi aussi j’ai une petite soif… J’ai vu un bar pas très loin du camp… on devrait pouvoir trouver de quoi boire un coup… »
Je l’écoute me dire qu’il a une petite soif… Mais moi je crève de faim. Si je ne bois rien dans les dix minutes, je m’effondre. Sans parler de son métal dégueulasse qui me reste sur l’estomac. Je
ne sais pas qui avait forgé ça, mais bon dieu que j’avais connu mieux.
Je ne l’ouvre plus, je me contente de le suivre sans mot dire. Je lève un sourcil lorsque je le vois fermer le portail proprement et le verrouille derrière nous.
« Ce sera plus marrant de voir ce qu’ils vont inventer dans les journaux pour expliquer l’histoire du banc et du squelette déterré s’il y a pas d’effraction… Et puis cherches pas… J’ai envie… C’est
tout. »
* Et c’est moi le sale gosse… Sur ce coup-là, il me vaut… *
« Je vois, une sorte de pulsion, donc si j’en ai une, j’ai une excuse toute trouvée : l’envie. »
Fais-je en souriant. Je le suis alors que nous approchons de la ville. Il va me falloir activer si je ne veux pas finir une nouvelle fois par terre comme une loque. Je ne dis toujours rien jusqu’à
ce qu’enfin le « casse croûte » ne ce présent. Un bar ferme pile poil au bon moment et trois hommes s’en font chasser. En plus d’être beurré comme des coins, ils sont particulièrement laids.
* Tu vas finir ivre mort toi aussi *
* C’est pas moi qui vais subir *
* Tu vas te rouler par terre *
* M’en fou, faut que je mange, ça urge *
« Saoul comme des polonais ! T’as envie de chasser ou tu les veux tout crus sous tes crocs ? »
Je tourne le regard vers l’ancien pour lui répondre :
« Tu veux ce que tu as envie d’entendre comme réponse ? Devine, tu lis dans mes pensées. Ça, je l’ai bien retenu. »
Je me doute surtout que malgré que je prenne sur moi, un aveugle remarquerai que je ne vais pas tenir sur mes quilles éternellement. Cependant, je tiens à faire bonne figure, alors j’ajoute :
« Mais je t’en prie, donne moi des cours. Montre un peu ce que tu sais faire. »
Un sourire en coin pour le provoquer. J’espérais ainsi ne pas avoir à me vendre. S’il y avait bien une chose que je ne supporte pas, c’est bien avouer mes faiblesses.
" Ou peut-être tu veux que je te montre comment faire? "
Un léger sourire, rien de plus, pas de véritables sarcasmes, ou de réelle moquerie, j’essaye juste de le pousser à agir pour deux.
* Grillé, je suis grillé… *
Je ne me faisais pas d’illusion, mais j’espérais quand même qu’il n’aurait rien remarqué. Pourtant son comportement me dit tout le contraire. Je suis aussi facile à lire ? Pas étonnant qu’il ai su
quand partir et quand emmener mon frère avec lui. Il a juste eu à attendre que je lui fasse confiance. Un jour, il le regrettera. Je serai patient, j’attendrai mon heure, mais quand elle viendra,
il ne s’en remettra pas, même si je dois crever avec.
Et voilà que je me remets en colère tout seul comme un grand. Heureusement, son comportement attire mon attention sur autre chose. Il parle en quoi la aussi ? En ivrogne ? Je regarde les trois
hommes, ils sont immobilisés. Je ne bouge pas et ne dis rien, tentant de dissimuler mon étonnement.
« Vas y sert toi, je t’en laisse deux et j’en prends un pour moi. Tu veux quand même pas une paille aussi ? »
J’atterri lorsqu’il reprend la parole, mais cette fois, pour s’adresser à moi dans ma langue cette fois.
« Une petit ombrelle et une olive pour siroter mon verre non ? »
Un léger sourire et je le regarde du coin de l’œil s’abreuver du sang du premier avant de lui trancher la gorge. Je commence à avoir du mal à le suivre. J’écoute ses explications sans l’interrompre
pour une fois.
« Tu étais trop H.S tout à l’heure, mais j’ai bien récupéré mes armes pendant que t’étais en train de te marrer comme une baleine. Pour les traces de pas c’est pas un problème. Et pis pour le
bijou, je dois le garder intact c’est pour faire chanter un frère. Pas le même genre que le tien plutôt comme toi et moi si tu vois ce que je veux dire. »
H.S… S’il savait à quel point je le suis encore… Je n’avais même pas remarqué qu’il avait ramassé son fourbi. Mais pourquoi il tient tant à ne pas laisser de traces ?
* À sa place je planquerai le vrai, je créerai un faux, même poids, même taille, même couleur et mêmes ondes, et je ferai mariner son… « frère » *
« Pourquoi garder le bibelot et pas te servir de tes dons ? »
Je commence peut-être à devenir bien trop curieux. J’ai peut-être dépassé les limites.
« Bon alors le repas est à ton goût ? »
« Si, si, mais tu me parais de plus en plus louche… »
Je ne vois pas trop où il veut en venir hormis qu’il attend de moi que j’égorge les deux humains après m’être repu et dans l’immédiat, je dois bien avouer que je m’en moque. J’attrape le premier et
plante mes crocs dans sa gorge afin de m’abreuver de son sang. Heureusement pour moi qu’il n’est pas capable de se défendre, il m’aurait envoyé en l’air. Le premier presque totalement vidé, je le
laisse s’effondrer sur le sol. J’ai cicatrisé de moitié.
« Tu peux le faire où je dois aussi m’en occuper… ? Pas de traces je t’ai dit… »
Le second, je ne lui réserve pas le meilleur sort, se qui me permet de cicatriser complètement. Je le laisse tomber pour rejoindre son comparse. Enfin je les achève en les égorgeant avant de
m’asseoir à côté en lui tendant sa dague.
« Tu vas me dire pourquoi tu sembles si parano ? D’abord ma chemise, maintenant eux… T’as un paquet de mecs à tes trousses ou quoi ? »
« J’ai pas tant de mecs que ça à mes trousses, en général c’est plutôt les gonzesses si tu vois ce que je veux dire... »
Il faudrait que j’apprenne un jour à être moins direct, mais il a piqué ma curiosité à vif. Dans quoi est ce que je m’embarque hormis un ticket pour Morphée ?
« Nan sérieux, je fais gaffe car ce vampire est puissant. J’assure mes arrières car j’en ai pas terminé, mais laisses tomber c’est pas pour les gosses ! »
« Ah, je te préviens, je tiens pas l’alcool, je bois jamais, alors quand j’aurais assimilé tout ce qu’ils ont bu, t’es mal… »
Je ne me suis pas assis pour le plaisir. Je sais que d’ici peu je vais être ivre mort et commencer à faire des conneries. Je suis déjà cassé, mais là, avec ce que je viens de boire, il m’a
achevé.
La tête me tourne… J’aurai dû me limiter à un, mais je ne sais jamais résister. Encore moins lorsque la faim me tiraille. Je fouine dans les poches de l’un des corps et je trouve des cigarette. Je
n’allai pas lui en piquer inlassablement. J’en allume une alors que je commence à douter de ma capacité à tenir sur mes jambes. Je l’écoute se la jouer James Bond.
« Ça, je sais, je suis un peu ivre… Mais j’ai retenu ton nom. En plus il est écrit dans le carnet si j’me plante pas… Monsieur l’agent double zéro sept… »
Je me balance doucement tout en l’écoutant. Alors comme ça il est du monde aux fesses… Une bande de femmes en ruthes… Bon dieu que j’ai horreur des femmes… Avec à leur tête un vampire plus puissant
que lui… Je tiens pas à le croiser celui-là… Ce serait presque marrant que se soit mon Sire, tiens ! Non… Je m’embrouille… Il n’a pas dit ça…
* Tu es complètement bourré… Tu t’embrouilles ! *
* J’avais remarqué…*
* N’empêche que ce serait relativement « drôle » que celui qu’il a au cul ce soit pantouflard ! *
« Un carnet ? De quoi tu parles ? Et c’est qui pantouflard ? »
Je tire sur ma cigarette en secouant la tente. Je tente de me remettre les idées au clair. Je souffle et tire de nouveau :
« Tu m’connais pas. J’suis peut-être pas aussi con que j’en ai l’air… »
Fis-je en relevant la tête vers lui. Là ça commence à devenir flippant parce que je n’ai plus un Allan devant moi, mais deux. Je passe ma main sur mon visage lorsqu’il me dit que soit je me lève,
soit je reste seul. Je me lève et avance d’un pas mal assuré autant titubant que fatigué. Je lui lance d’un air victorieux :
« Tu saurais même pas te passer de moi zéro zéro sept ! »
Je glousse et avance avant de soudainement m’arrêter pour dire :
« Euh… On va où alors ? Et pour faire quoi ? Tu veux te trouver une poule ? »
Rien qu’à cette idée, j’en ai des nausées.
* Gros malin ! T’as l’air d’un idiot ! *
* Tu te crois mieux monsieur j’me carapate ?*
* Bien sûr Musclor ! *
* M’en fou Einstein ! *
Le monde tourne de plus en plus autour de moi. Je m’appuie contre un mur pour ne pas tomber. Je passe ma main sur ma nuque. Je ne vais quand même pas m’effondrer. Je tente de prendre sur moi. Je ne
parviens déjà pas à dissimuler mon ivresse, mais je ne veux pas me montrer faible. Hors de question. Je ne veux pas m’effondrer ou montrer que cette fois, je suis vraiment sur les rotules.
« Viens, je vais t’aider… »
Dans l’état d’ivresse où je me trouve, je me laisse faire à cent lieues de me douter du sale coup qu’il me prépare.
« Allez, dessaoule un peu bébé ! »
Je l’aurai su que je n’aurai rien pu faire. Je le laisse me traîner pour me balancer dans la fontaine gelée. J’en ressortais le haut de corps en rugissant et en lui criant :
« Non mais ça va pas ?! Mais t’es malade ! Elle est gelée ! Je vais chopper une pneumonie ! … … … … … Ah non, j’peux pas ! »
« Tu sais qu’on dirait un chat mouillé ? »
Je me mets à rire entre mes dents. La dernière partie de ma tirade avait été plus calme et presque pour moi-même. Cependant, mon regard le crucifie. Je reste assis dans l’eau et fixe ma cigarette
qui flotte en l’écoutant me comparer à un chat. Je grogne :
« Oui, oui, c’est ça ! Un chat ! Mais t’aurais quand même p la sauver ma clope quand même ! et mon paquet ! ça fait deux que tu me bousilles ! »
J’accepte volontiers son aide pour sortir de là. Une fois hors de l’eau, c’est avec un grand sourire que je secoue la tête et l’éclabousse.
« Puisque je suis un chat autant t’en faire profiter ! »
Je m’assois ensuite sur le rebord de la fontaine et passe ma main dans mes cheveux pour les remettre en place rapidement. Passant une jambe par-dessus l’autre, j’essore mon pantalon. Je lève le
regard vers lui sans bouger la tête. J’écoute ses questions.
« Bon alors réponds à mes questions, c’est quoi ce journal ? C’est qui ton sire ? Et c’est quoi cette aversion pour les femelles ? Tu serais pas du genre homo toi ? »
* Je rêve, mais quelle commère ! Pire que la gestapo… Il est journaliste ou quoi ? *
Je souffle et continue d’essorer mon pantalon trop fatigué pour savoir le pourquoi du comment de ses questions.
« Un carnet avec plein de noms dont le tiens… Des gribouillis, des détails… Tout ceux qui ont participé de près ou de loin au camp… Leur fonction… Bref plein de détail croustillants… Je l’avais
fauché à un… Au camp, quand… Laisse tomber ! Pourquoi il t’intéresse ? »
La question sur le pantouflard me fit rire, quant à mon sire, j’en gardais le nom, n’y pensant plus tellement je trouvais la question sur le pantouflard, amusante.
« Le pantouflard, c’est mon Sire ! Pourquoi tu veux savoir son nom hein ? Parce que t’as encore fouiné dans mes pensées ! ça en devient indécent ! Je vais finir par croire que j’ai un ticket !
»
Et voilà, c’est plus fort que moi, je ne sais pas résister à l’envie de le taquiner, de le chercher et de le chambrer. Je passe ma main sur mon visage. Non mais c’est pas vrai, à croire qu’il a
peur que ce soit contagieux !
« Je suis homo, oui et alors ? T’es pas mon type, trop hétéro pour moi ! J’ai pas envie de recommencer le catch dans la boue ! Je doute que donner la compassion ou une épaule soit ta tasse de thé
en plus ! Me regarde pas comme ça, j’ai pas la peste non plus ! Je ne vais pas te sauter dessus ! Est-ce que toi tu sautes sur toutes ces chiennes en chaleur ? Non, bon alors ! Moi c’est pareille,
sauf que je supporte pas les bonnes femmes. »
« Déjà ? Il semblerait que l’on ait trouvé les corps. Allez, on bouge… »
L’entendant parler des corps découverts, je me lève et l’empoigne par le bras. Je l’entraîne avec moi.
« Du calme, je ne vais pas te violer dans un coin, tu veux qu’on bouge, on va bouger, moi j’ai besoin de pioncer et toi d’une douche. Doit bien y avoir un hôtel pour ça ! »
« Eh ! Ca va pas dans ta tête ! Tu m’avoues que t’es homo et tu veux aller à l’hôtel ? Je crois que là tu t’es trompé de crémerie. »
Je lève un sourcil lorsqu’il refuse l’hôtel. Non mais il était sérieux là ? Il croyait réellement que j’allais lui sauter dessus ? Non mais il rêve éveillé ou quoi ? Il me prend pour qui ? Un gars
de « La Cage aux Folles » ? Je grince des dent.
* Non mais qu’est-ce qu’il croit celui là ? Tous les même ces anciens ! *
« Pff… T’es bien comme les autres ! Je te parle de dormir et toi de suite tu crois que je vais te sauter dessus ! »
Je ronchonne, mais je le suis. De toute manière, je suis tellement fatigué que je n’ai pas envie d’une autre confrontation. Grincheux et bougon je le précède et l’observe. Son clin d’œil me laisse
comprendre qu’il a tout prévu.
« Jasper ? N’avez vous pas entendu du bruit ? »
« Si Monsieur, ce sont les deux invités que vous attendiez »
« Que j’attendais ? »
« Frantz ! Quel plaisir de te revoir ! »
« Allan, mon ami ! Pardonnes ma mémoire, tu sais, je vieillis, mais toi tu ne changes pas… »
« Jasper, vous pouvez nous laisser, retournez vous coucher… » Ordonne la voit chevrotante
« Bonne nuit messieurs, je vous prépare votre bain…
« Je ne vais pas te faire veiller plus longtemps. Cette soirée fut formidable, cela m’a fait plaisir d’évoquer tant de souvenirs avec toi, mais comme nous te disions en début de soirée, la route a
été longue et je pense que nous allons dormir toute la journée. Sur ce, bonne nuit mon ami. A demain soir. »
« Bonne nuit mon ami. »
Je leve un sourcil à son petit manège. Je comprends mieux ce qu’il avait voulu dire tout à l’heure par « tu crois que j’ai pas les moyens de me faire servir ». Je reste silencieux. Décidément,
j’avais eu raison, il aurait pu me lobotomiser par simple jeu. Il les manipule comme de vulgaires poupées.
« Tiens, ça remplacera ta loque. T’inquiètes, ils vont nous ficher une paix royale et empêcher quiconque de venir nous faire chier… Bon moi, j’ai la chambre à côté. Y’a un jacuzzi et j’avoue qu’un
bon bain me fera pas de mal. Et demain soir au réveil, mon cuir sera comme neuf. Tu vois, c’était pas la peine de s’emmerder… »
Je le laisse m’entraîner dans les escaliers et une fois arrivés devant la chambre qui m’avait été préparée, je souffle. Enfin je vais pouvoir dormir. Voyant la chemise, je lève un sourcil une
nouvelle fois. Je m’attendais à tout mais à ça. Je me tourne vers lui :
« Je ne propose jamais rien qui me casse les pieds. Autrement ça me servirait à quoi ? Le jacuzzi, je te le laisse volontiers, j’ai qu’une envie, dormir. Ton forgeron a des goûts de chiottes en
matière de métal ! »
Fis-je en fronçant le nez et en me frottant le ventre.
« Oh, et veille à bien fermer les volets si tu ne veux pas te retrouver en cendre… Ca ferait désordre »
J’ai un léger sourire à l’évocation des volets et lui lance :
« Tu t’inquiètes pour moi ? Comme c’est gentil ! Je vais croire que je t’ai tapé dans l’œil, fais attention, je pourrais vouloir te sauter dessus ! »
Je le taquine et entre enfin dans la chambre. Je referme la porte et souffle juste un « Merci ». Je sais qu’il m’entendra. Je ferme les volets – chose que j’aurai effectivement oubliés s’il ne me
l’avait pas rappelé – je balance mon pantalon dans un coin de la chambre, je repousse la chemise et je me laisse tomber sur le lit. Je ne prends même pas la peine de me glisser entre les draps que
déjà je dors. Je ne me fais pas prier pour rejoindre les bras de Morphée et le pays des songes. Ça me fait tellement de bien !
La journée passe rythmée par les réminiscences de mon esprit. Bon ou mauvais souvenir tout y passe, mais surtout, cette fameuse nuit où mon frère n’était plus là. Je m’agitais comme un diable et
bientôt, je tombe du lit, me réveillant en trombe. Grincheux je me redresse et regarde l’heure. Dans trois heures, il fera nuit. Je me lève et passe dans la douche, histoire de me remettre les
idées en place. Sous l’eau, le visage de mon Sire me revient. Je donne un coup dans le mur et en brise le carrelage. J’avais oublié à quoi il ressemblait cette enflure.
* Et voilà, monsieur casse tout ! *
* Oh toi c’est bon ! *
Revoir son visage m’avait mis de bien mauvaise humeur lorsqu’enfin je sors de la douche et me sèche pour m’habiller. Je m’allonge sur le lit, les bras croisés sous la tête et fixe le plafond. Un
jour, je prendrai sa tête.
« Un jour, je te ferai la peau Jacob »
J’attends patiemment que mon voisin de chambrée se réveille et se lève. Je ne sais pas si je peux sortir de ma chambre ou non. Je n’ai pas la moindre idée du temps que peut durer son tour de
passe-passe sur nos « ôtes ».
Enfin la nuit tombe, je fouine dans un tiroir de la table de chevet et trouve des cigarettes. Décidément, il a pensé à tout. Allongé sur le lit j’en prends ne et patiente. Ou plutôt – puisque je ne
suis pas patient – j’attends.
* Et ne fouine pas encore dans mon esprit en douce toi à côté! *
J’en suis à plusieurs cigarettes lorsque j’entends sa voix derrière la porte.
« Debout, gamin. Je sais que tu es réveillé, le petit déj est servi… »
Enfin ! J’allais prendre racine à force. Je me mets sur mes jambes et me dirige vers cette dernière. Le repas est déjà servi ? Comment ça ?
* Bon dieu mais il pense à tout ! *
« Il t’en faut du sommeil ! C’est l’âge ? »
J’ouvre la porte avec un léger sourire. Je le regarde, visiblement le jacuzzi a bien fait son œuvre. Le bain de boue aussi, il doit en avoir la peau douce. Je ris intérieurement à mes âneries, il
va encore croire que je veux lui sauter dessus. Finalement, ça sera amusant de lui faire gober un truc pareil. Une sorte de petite vengeance en quelque sorte. L’idée me plait, je ne manquerai pas
de l’appliquer.
« Exact sale gosse ! Je pense à tout ! Comment tu crois que je peux être si ancien ? Prévoir et anticiper, c’est ce qui te sauvera la mise de nombreuses fois. »
« Prévoir et anticiper… ça dépend de ce à quoi on aspire. »
Et voilà, à peine debout, je le taquine et le cherche de nouveau. Je dois bien reconnaître que j’adore ça. C’est tout simplement distrayant !
Je souris et descends les escaliers près lui. Quelle surprise que le spectacle qui m’attend en bas. Deux couples, deux femmes, et deux hommes. Je m’attendais à tout, mais certainement pas à ça. Je
le regarde un sourire au coin des lèvres. Décidément, il est de plus en plus surprenant.
« J’te croyais homophobe ? Vu ta réaction, j’pensais que tu ne supportais pas les gays ? T’as changé d’avis ou tu t’es rendu compte que c’est pas parce que j’aime les hommes que je vais te sauter
pour autant dessus ? »
« Ecoutes, tu fais ce que tu veux de ton cul et du leur, mais tu t’approches pas de moi entendu ? Sinon, et c’est pas des paroles en l’air, je te coupe ta queue et je te la fais bouffer. Est ce
clair ? »
J’avance et me dirige vers le couple d’hommes. Je les contourne pour arriver derrière eux et donc, face à Allan. Je vais encore le chambrer un peu.
« À moins que tu n’aies envie d’essayer de nouvelles choses… »
* Tu vas encore le mettre en colère ! *
* Non, je le chambre ! *
* au cas où tu ne l’as pas remarqué, il est chatouilleux… *
* Je sais. *
* Tu cherches les ennuies, comme toujours. *
* Peut-être bien… *
Je souris et pose mes mains sur les épaules du couple en les saisissant fermement, mais sans être brutal pour autant.
« Je vois que tu penses à tout, à croire que t’as l’habitude de tomber sur des louloups dans mon genre. »
Une phrase pleine de sous entendu. Elle n’est uniquement là que pour le chercher et le taquiner encore et toujours. Décidément, il ne va pas échapper à mes vannes.
« Nan, heureusement je ne rencontre que très rarement des zigotos comme toi, sinon y’aurait vachement moins de pédales sur terre, mais pousses pas ta chance trop loin bonhomme ; Je pourrais très
vite me dire que le sang humain n’est plus suffisamment riche pour moi… Tu vois ce que je veux dire ?
Ma vengeance pour la veille, je la tiens. Je prends place entre les deux hommes sans le quitter des yeux. L’ai-je poussé à bout ou ai-je encore de la marge ? Je crois que la réponse ne va pas
tarder, sauf que je ne lui laisse pas le temps d’en placer une que j’enchaîne :
« Merci pour hier soir Allan… »
Je suis con mais pas totalement ingrat.
« Merci ? Merci pour quoi ? Pour les coups de fouet ? Pour le bain de boue ? Pour la fontaine ? T’as de drôle de jeux gamin ! »
Je le remercie, mais aussi, pour mieux reprendre mon petit jeu. J’embrasse volontairement l’un des deux homme devant lui. J’ai bien compris qu’il a des problèmes à voir deux hommes ensemble.
Peut-être qu’avec une grosse dose il sera vacciné.
« C’est écœurant »
Avais-je simplement répondu. Ma phrase lourde de sous entendu est volontaire. Pourtant, elle soulève des questions chez moi. Et lui ? À quoi peut-il bien aspirer ? Il ne reste pas pour faire beau,
il doit bien avoir un moteur pour le faire avancer, sinon il ne serait pas là avec moi.
Sa réplique sur son fessier et le mien me fait rire.
« Tu crois pas que si j’avais pensé une seconde que j’avais une chance, tu ne serais pas déjà au courant ? »
À sa seconde remarque, je grogne, je grince des dents. Je ne ris plus. Si je l’écoeure tant que ça, j’ai juste à me tirer il sera pénard le vioc ! Il a un balai dans le cul ou quoi ? Il se croit
mieux avec ses greluches ? Il me donne envie de gerber avec ses femelles et pourtant je la boucle.
« Si j’te dérange tant que ça dis-le. J’me casse. Je me cache pas derrière un masque. Tu aurais préféré quoi ? Que je la joue pas franc jeu avec toi ? Je suis comme je suis et je n’ai pas
l’intention de changer. »
ça y est, je commence à démarrer. Décidément, la colère ne me quitte jamais bien longtemps. Une seule règle lorsque je suis dans cet état, ne jamais donner le premier coup.
Je ne suis pas étonné de sa surprise. Décidément, il faut lui donner un décodeur pour tout comprendre ! Bientôt il va me prendre pour un extra-terrestre. Je souffle et lève les yeux au ciel.
Abaissant les yeux, je secouais la tête.
« Tu es plus aveugle que moi je suis con. Sois tu ne comprends rien à rien, soit tu n’as pas envie d’entendre. Mais laisse tomber, ça te servirait à rien de savoir. »
Son attitude et ses paroles lorsque j’embrasse l’un des deux hommes, commence à me faire monter la moutarde au nez. Tapant du poing sur la table, je me relève brutalement :
« Maintenant j’en ai marre. Je ne te fais aucune remarque pour tes greluches alors que je n’en pense pas moins, alors lâche moi ! Tu me les brises ! Je prends sur moi alors que je ne supporte pas
la présence de chiennes, et toi t’es pas foutu de faire pareille ! Bordel ! Tu crois vraiment que parce que j’aime les mec j’ai qu’une envie te sauter dessus ? Tu devrais revoir ton sex-appeal !
»
Cette fois je commence à exploser. La machine se met en route. Je pousse les deux hommes qui tentaient de m’enlacer. Ils terminent à terre. Je contourne la table, furieux.
« C’est bon, j’ai pigé, les vieux, vous êtes tous pareilles. Vous prônez êtres différents, mais vous êtes identiques. À se demander pourquoi vous nous cassez les pieds à perpétuer les votres !
»
* Tu vas péter une durite *
* Ferme là toi et ton Jacob de mes deux ! *
* Oh Monsieur éclate ! *
* C’est pas moi qui me suis barré avec lui ! Maintenant ferme là ! *
Je quitte la pièce en lançant :
« Cette fois j’passe mon tour, j’te les laisse. »
Colère dûe à ses provocations ou à la déception de voir que je me suis trompé sur son compte. Finalement, il est comme les autres. Je trouve la sortie et je claque la porte, il ne veut pas de
trace, très bien, je ne vais pas en faire, sauf ce carreau qui se brise lorsque la porte claque. Je m’allume une cigarette et regarde en l’air.
« Je vais te retrouver et cette fois, tu ne pourras pas te défiler pantouflard. »
Le ton est donné, je n’ai pas le temps de voir quoi que ce soit arriver qu’il m’attrape par la gorge et me fait pendre comme un linge au-dessus des marche de l’escalier extérieur qui mène au
portillon.
« Qui est ce Jacob ? »
Je l’écoute, puisque je n’ai pas d’autre choix, m’interroger sur Jacob. Il a un problème avec ce nom ? Non mais y’en a peut-être mille sur terre est faut qu’il me les brises avec un prénom ! Ses
répliques suivantes me font comprendre qu’il est bien plus en colère que la veille. Vu sa poigne, à cette allure, il allait me broyer la trachée. Pourtant du défit ce sens dans les regards que je
lui lance.
« Je ne le répèterai pas. Je veux voir son visage. Maintenant ! »
Je ne réponds toujours pas lorsqu’il desserre son étreinte, tout comme je ne pense pas à Jacob. Pas encore du moins. Guidé par ma colère, je suis bien loin d’être décidé à me soumettre. Je soutiens
son regard injecté de sang sans desserrer la mâchoire.
* Les apparences sont parfois trompeuses, calme toi *
* De quoi tu m’parles ?*
* Calme toi, c’est tout… Tu verras bien.*
* Réponds ferme là ! *
* Tu connais déjà la réponse, mais tu ne la vois pas… *
* FERME LÀ *
* Je ne me tairai que si tu lui réponds. *
Je grogne. S’ils en plus ils s’y mettent à deux dont un en moi, je suis pas sorti ! Je pose ma mains sur la sienne et la refroidi non pas au point de la geler, mais suffisamment pour qu’au coup que
je lui assène immédiatement après, la douleur soit suffisamment cuisante pour qu’il me lâche, mais comme je suis certain que ça ne suffit pas, j’enchaîne par un autre dans son estomac. Encore une
fois, ce n’est pas pour le blesser, juste pour le déséquilibrer afin qu’il desserre ses doigts et que je me libère.
Une fois chose faite, avant qu’il ne me saute à la gorge de nouveau ou qu’il me taille en pièces détachées, je desserre enfin la mâchoire :
« Tu demanderais plus aimablement, tu aurais déjà eu ta réponse… »
* Tu veux que je recommence ? *
* Laisse moi finir *
« Mais puisque tu sembles si impatient, je vais faire mieux que simplement te montrer son visage ou te dire qui il est pour moi. »
Mes faits et gestes ne sont guidés plus que par ma fureur et rien d’autre. Il veut savoir, alors il va être servit. Je déboutonne ma manche et la remonte. Je tends mon avant bras vers lui, les
armoiries de Jacob s’y trouvent.
« Il marque soigneusement chacune de ses créations. Mais ce n’est pas tout. Tu veux voir ? Oh oui tu vas voir. »
Je ne me contente pas de lui montrer simplement son visage, je visualise également les nombreux viols auxquels j’ai pu assister. Seulement si je passais rapidement sur femme et enfant, il en était
tout autre sur ceux des hommes. Bien entendu je ne visualisais pas les visages de ses victimes, avec les années, le temps avait fait son œuvre. Sans parler de ceux auxquels je n’ai jamais
assisté.
« Tu veux savoir ses spécialités ? Il peut aussi bien faire croire à celui qui subit qu’il aime ça, qu’il est consentant tout comme lui faire oublier, ou te faire hurler que tu aimes ça alors que
tu sais qu'il n'en est rien. Son plaisir est de se venter de ne jamais rien faire aux autres se que ceux-ci ne veulent pas. »
Sur ces mots, je remets ma manche correctement et j’en referme le bouton. Je ramasse ma cigarette qui est tombée à terre et lui lance haineux :
« Tu as d’autres questions ? Tu es satisfaits ? ça te plait de remuer la merde et de voir les effets de sa puanteur ? »
Je ne sais pas ce qui provoque le plus ma colère, son comportement, son agression, ou se qu’il vient de réveiller.
Sans ménagement, je m’acharne sur lui avec des souvenirs tous plus atroces les uns que les autres. Je déverse toute ma colère sans réellement avoir conscience de ce qui la provoque. Ma haine est
trop grande pour n’être due qu’à son comportement ou mon obsession. Mais je ne cherche pas à savoir, les raisons, je m’en moque. Tout ce à quoi j’aspire c’est de me venger, de me défouler…
« Putain ! D’où vient cette voix ? »
Je ne comprends pas ses paroles et je n’en cherche pas le sens. J’ignore le pourquoi de son comportement, mais, je continent avec ces souvenirs. Je ne cherche plus s’il s’agit de souvenir personnel
ou de simples images vues. Témoin ou acteur, je l’ignore, mais là encore, je ne cherche pas à comprendre. Je me défoule. Ses sons, plus que des mots à mes oreilles, m’énervent davantage.
Suis-je déçu de le voir ainsi en plus du reste ? Est-ce de voir l’image que je me faisais de lui brisée en éclat qui en rajoutait ? Toujours est-il que je l’attrape par le col de sa chemise et de
l’autre main, je lui écrase mon poing au visage. Je continue, mais j’ai beau m’acharner de mes mains, ça ne me suffit pas. Je ne me calme pas.
« Espèce de larve ! Debout ! Défend toi ! Et de nous deux tu dis que je suis la tafiole parce que j’aime les mecs ? Non mais laisse-moi rire ! Tu t’es vu !? »
Je crie plus que je ne parle. À mes paroles s’ajoutent des gestes. Je rage et j’enrage. Je le force à se lever et le pousse contre le mur. Il se retrouvait « coincé », mais s’il l’avait voulu, il
m’aurait appris à voler, mais il ne réagit toujours pas. Alors je cogne. Je frappe encore et encore son estomac jusqu’à m’en blesser les poings. Je n’arrête que lorsque je m’aperçois que ça ne me
calme pas. Je le laisse glisser le long du mur pour tomber. Le voir sans réaction en rajoute et j’explose littéralement.
« STOP ! ARRETE ! ARRETE ! »
J’attrape un bout de la barrière du portillon de métal. Je m’en empare en faisant fondre ce qui le maintenait attaché aux autres. C’est à deux mains cette fois que je le frappe avec. Je continue
encore et toujours. Ce ne sont plus des images de viols à présent dans mon esprit, mais d’hommes consentants. N’était-ce pas pire pour lui finalement après les premières images qu’il avait lues
dans mon esprit ? Ce n’est que la « fatigue » morale, lorsque j’ai vidé toute ma rage que je reprends mes esprits.
« ARRETE ! T’APPROCHES PAS DE MOI ! ASSEZ ! ASSEZ ! TUES MOI !!! »
Le regardant, je lâche ma barre de fer qui tombe dans un fracas sur le sol. Je regarde mes mains blessées à force de le frapper, elles sont couvertes de son sang plus que du mien. Je le regard. Bon
dieu ! Mais il se vide ce vieux con ! Je ne bouge pas durant plusieurs minutes avant d’oser m’approcher de lui.
« Vieux con ! Tu ne savais pas me faire arrêter ! Espèce de vioc débile ! Regarde dans quel état tu t’es foutu ! »
Je m’agenouille. Je viens de prendre une douche froide. Je le redresse lentement et j’ouvre la manche de ma chemise. Bien entendu, je ne visualise plus aucune image. Je suis partagé entre l’envie
de partir sans me retourner, l’envie de réparer mes conneries, et le désir de l’achever. Comme toujours, ce n’est que lorsque ma colère passe momentanément que je réalise se que j’ai fait. Je tends
mon poignet devant sa bouche.
« Bois ! Te fais pas prier ! T’es un mec ou une chiffe molle ? Aller, bois ! »
Paroles et ton menaçants. Je ne rigole plus, s’il me cherche, je lui enfoncerais moi même ses crocs dans mon poignet et je le forcerai à boire. Il n’aura pas le choix.
« Magne ! »
« Que c’est touchant… Mon cher Infant… »
Je n’en crois pas mes oreilles. Cette voix… Je la connais. Je détourne le regard vers sa provenance. C’est lui, je le sens… Comment n’ai-je pas pu le sentir avant ? Je garde le silence, mais mon
regard en dit long sur le retour de ma colère. Comment ose-t’il m’appeler encore comme ça ? Je rage intérieurement, mais il m’empêche de bouger. J’écoute ses explications, mais pas par envie, je
n’ai qu’un désir, lui refaire le portrait.
« Je tiens à vous remercier pour ce magnifique spectacle, c’était bien au-delà de mes espérances. Tu sembles étonné Sheakspear, mais je vois que ton compagnon à tout compris. Alors pour toi, je
vais t’éclairer un peu… C’est moi qui vous ais insinué l’idée de venir en ce lieu hier soir. C’est moi qui l’aie empêché de te foutre une dérouillée et qui ait accrut ta colère au point où tu ne
puisses plus la contrôler. C’est moi qui l’ai guidé jusqu’à cette demeure où je vous attendais. La chemise était à ta taille n’est ce pas ? C’est moi qui t’ais fait croire que tu me recherchais et
je le ferai à chaque fois que je voudrai m’amuser avec toi, il me suffit d’être dans le même quartier que toi pour pouvoir te conditionner à faire ce que je veux cher petit pantin. Comme pour
Allan. »
Lorsqu’Allan lâche mon bras, je grince des dents.
« Il ne boira pas de ton sang. Car je ne le veux pas. Je le veux faible et sans défense pour qu’il me supplie de le prendre… Tu te souviens Allan ? »
« Va te faire foutre, connard ! »
Cette enflure à tout et sa main dans mes cheveux… J’ai envie de lui arracher.
« J’ai quelques envies à satisfaire… Qui est volontaire ?... En premier ? »
Quant à sa dernière tirade, elle me mis hors de moi. Ma fureur était pire que celle qui venait de s’achever. Elle laissait en suspend bien trop d’insinuation à mon goût.
« Espèce de… »
Lorsqu’Allan détourne son attention, je me rends compte que j’ai récupéré ma motricité et sans même y penser, guidé par ma colère, je m’empare du morceau de métal qui m’avait servit à rouer de coup
le blond. Sans attendre je lui enfonce dans le cœur, je sais que ça ne le tuera pas, mais durant un temps, il est immobilisé. Dans le même temps, je me sers du magnétisme de la fonte du reste de la
barrière, je dirige les pieux droits sur lui, l’empalant de cette manière. Ainsi, de part en part, il est transpercé.
Il va lui falloir quelques minutes pour absorber tout ce métal. Connaissant parfaitement la manière de profiter des faiblesses de ce don, j’arrache un bout de bois de la porte. Le « pieu » dans le
cœur est creux, j’y enfonce le morceau de bois alors que Jacob est à présent sur le sol.
« Maintenant tu vas me dire où est mon frère ! »
« Mais es-tu certain de bien avoir un frère jumeau ? »
Le rire qui suit ses paroles me rend fou. Avec une des barres restantes je lui frappe la tête à plusieurs reprises avant de réaliser que s’il va lui falloir une nuit pour se refaire, peut être un
peu plus, mais surtout une quantité importante de sang. S’il nous envoie des hommes de mains ou une autre parade, il est certain que, d’une je ne ferai pas le poids et de deux, Allan risquait d’y
laisser sa peau lui aussi, et par ma faute. C’est moi qui l’ai mis dans cet état.
Après l’avoir bien sonné, bien assommé et surtout d’avoir bien ralenti son temps de récupération, je me relève et attrape Allan. Je le « balance » sur mon épaule et sans attendre, je quitte cet
endroit. Je suis « pressé » et j’accélère. Je ne traîne pas. Je ne tiens pas à tomber sur les chiens de Jacob.
Mais j'entends sa voix s'élever, est-ce dans mon esprit, ou mes oreilles?
"Nous nous reverrons très bientôt mon infant, tout comme nous passerons de bien agréables moments Allan et moi... Peut-être y participeras-tu la prochaine vois!"
Je ne réagis pas, je ne sais pas s'il veut me faire ralentir et revenir sur mes pas, ou provoquer davantage ma colère...
Je me mets au milieu de la route, à pied je ne vais pas assez vite. La première voiture qui passe, je l’arrête. Je ne cherche pas à discuter avec le conducteur, de mon poing, je brise sa vitre et
je l’assomme en cognant sa tête sur le volant. J’ouvre la portière et le balance sur les sièges passagers. Il servira de remontant tout à l’heure. J’installe Allan côté passager et je prends place
pour démarrer en trombe.
Les yeux rivés sur le rétroviseur, je roule aussi loin que je le peux. Ce n’est qu’à la sortie de la ville que je m’arrête. Je coupe le contacte et je soupire :
« De toute manière, même au bout du monde, s’il en a envie, il nous trouvera… »
Je m’allume une cigarette. Je regarde Allan sans rien dire. À trois kilomètre plus loin il y a une grange, je l’ai vu en arrivant la veille. Si je l’ai vu, Jacob probablement aussi. Je commence à
comprendre pourquoi Allan est aussi parano. J’opte pour la forêt à notre droite plutôt que la grange. Sans mot dire, je descends de la voiture, et je passe du côté d’Allan. J’ouvre sa portière et
je le reprends sur mon épaule.
Je passe à la portière arrière et c’est en traînant l’humain assommé par les cheveux que je nous engouffre dans la forêt. J’avance sans un mot pendant au moins une heure lorsqu’enfin je tombe sur
une cabane de chasseur. La période de chasse étant terminée, aucun risque qu’on nous dérange. J’y entre et referme la porte derrière moi. Un regard autour de nous et je trouve une couche. J’y
allonge Allan en laissant l’autre au sol à l’entrée.
Je lui enlève ses chaussure avant de m’asseoir à coté de lui.
« Te fais pas de film, j’ai autre chose à penser. »
Une voix sèche et bien loin de plaisanter. Je le déshabille pour le laisser en caleçon. Je passe sur lui les draps, du moins, ce qui est censé servir de couverture, vu la poussière. Je souffle, et
me relève. J’attrape l’humain et le traîne jusqu’au blond. Je mets sa gorge au niveau de ses lèvres.
« Bois, tu en as plus besoin que moi. Ne te fais pas prier, je crois que la nuit va être très longue… »
Je blesse l’humain à la gorge pour faire couler son sang sur les lèvres de l’ancien. Ce imbécile d’humain reviens à lui. Je grogne et l’assomme de nouveau.
« La ferme ! »
Je regarde autour de nous, les volets sont déjà fermés. Nous devrions pouvoir passer la nuit ici, de même que la journée de demain. Mais je ne suis pas certain que nous ne serons pas dérangés ici.
Les humains ne risquaient pas de passer, mais les comparses de Jacob… Rien n’en est moins sûr…
Je reste silencieux en tenant l’homme pour qu’Allan se nourrisse. Je suis d’un calme apparent, mais je suis à cent lieues de cet abri provisoire. Je m’interroge. Et si cette enflure avait raison ?
Et s’il m’avait inventé mon frère ? Le doute est pire que les certitudes, et il savait où taper cet enfoiré. Je me demande jusqu’où est allée sa manipulation de mon esprit. Je me demande s’il m’a
fait croire des choses et s’il m’en cache d’autres. Jamais je ne m’étais remis autant en doute que ce soir.
* Pense à autre chose où tu vas te rendre dingue… *
Je grince des dents, mais ma colère est bel et bien présent. Je la garde en moi. Je ne tiens pas à se que tout recommence.
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